1. Treillis et adjonctions
1.1. Prologue
Ce chapitre commence l’étude de méthodes permettant de rassembler de nombreux objets et raisonnements qui paraissent différents à première vue. Il introduit des outils élémentaires qui sont directement utilisables et préparent également à la théorie des catégories. Pour motiver ces outils, nous allons donner trois démonstrations de l’énoncé suivant.
Soit et des groupes. Soit un morphisme de groupes. Soit une partie de . On a
Démonstration : On a une description concrète des éléments du sous-groupe engendré par une partie.
On peut donc calculer
en utilisant le fait que est un morphisme de groupes pour passer à l’intérieur du produit et sous les élévations à la puissance .La démonstration ci-dessus est correcte et apporte de l’information expliquant l’énoncé. On peut s’en inspirer pour démontrer l’énoncé analogue pour les applications linéaires et les sous-espaces vectoriels engendrés par une partie. Il faut simplement remplacer les produits d’éléments de et de leurs inverses par des combinaisons linéaires d’éléments de .
Plus généralement, on peut espérer s’en inspirer pour toute structure algébrique pour laquelle on dispose d’une description concrète des éléments de la sous-structure engendrée par une partie. Mais ces adaptations ne sont pas aussi automatiques qu’on pourrait l’espérer.
On peut également regretter que cette démonstration ne fasse pas apparaître le fait que le sous-groupe engendré par une partie est le plus petit sous-groupe la contenant. Voici une démonstration qui résout ces deux problèmes.
Démonstration : Vérifions que vérifie la propriété qui caractérise . On note d’abord qu’il s’agit bien d’un sous-groupe contenant . Montrons que c’est le plus petit. Soit un sous-groupe de . On a
La démonstration ci-dessus est beaucoup moins spécifique aux groupes que notre première démonstration, car elle ne fait pas intervenir la description concrète des éléments du sous-groupe engendré une partie. Par exemple, elle s’adapte directement pour démontrer l’énoncé analogue concernant l’image par une application linéaire du sous-espace vectoriel engendré par une partie.
Mais nous manquons de mots pour décrire efficacement cette démonstration et donner un énoncé abstrait qui s’applique directement aux différents cas.
Pour dégager les notions pertinentes, il est utile de rendre plus explicite les différents ensembles et applications en jeu, en précisant à chaque fois le groupe ambiant. On note l’ensemble des parties de et l’ensemble des sous-groupes de . Le second est bien sûr inclus dans le premier. Pour bien comprendre la situation, il est fructueux de nommer l’inclusion dans , c’est-à-dire l’application qui envoie tout sous-groupe sur la partie . Nommons cette inclusion et notons l’inclusion analogue pour . De même, on notera l’application sous-groupe engendré pour . Il est également utile de distinguer l’application d’image directe par (notée simplement ) de sa restriction à qu’on notera .
L’énoncé devient alors . Toutes les applications intervenant dans la démonstration apparaissent sur le diagramme suivant.
On peut réécrire le calcul principal en
On notera que le fait de nommer et et de distinguer les deux côtés horizontaux du diagramme a fait apparaître une ligne supplémentaire correspondant à l’égalité évidente .
Chaque côté du carré est constitué de deux applications allant en sens opposé. La relation entre ces applications apparaît clairement dans la démonstration. Par exemple, pour le côté du haut, on a utilisé : pour toutes parties et on a
Chaque côté du carré fait apparaître une paire d’applications liées de cette façon et chaque lien intervient exactement une fois dans le calcul.
On peut donc dire que le carré d’applications liées et la relation entraîne l’énoncé voulu . Il ne reste plus qu’à définir le cadre général qui est ainsi apparu naturellement. Le lien entre paire d’applications sera appelé adjonction et nous expliquerons aussi comment construire systématiquement de telles paires.
1.2. Ensembles ordonnés, fonctions croissantes et plongements
Commençons par des rappels de vocabulaire.
Une relation d’ordre sur un ensemble est une relation telle que
- est réflexive :
- est transitive :
- est anti-symétrique :
La première relation d’ordre enseignée explicitement est celle sur les nombres (entiers puis rationnels puis réels). Mais il s’agit d’un exemple très trompeur car il vérifie la condition extrêmement forte de totalité : pour tous nombres et , on a ou . Cette condition ne découle pas du tout de la définition de relation d’ordre. Un bien meilleur exemple à garder en tête est celui de muni de la relation d’inclusion.
On rappelle que, pour toute relation , l’opposé de est la relation définie par si . On montre facilement que l’opposé d’une relation d’ordre est aussi une relation d’ordre. Lorsqu’un ensemble est muni d’une relation d’ordre claire, on écrira pour désigner muni de la relation opposée.
Soit une fonction entre ensembles ordonnés.
- On dit que est croissante si .
- On dit que est un plongement (d’ensembles ordonnés) si .
On notera que les plongements sont des applications croissantes. On montre facilement qu’un plongement est toujours une application injective et induit un isomorphisme d’ensembles ordonnés entre la source du plongement et son image.
Soit une famille d’ensembles ordonnés indexée par un ensemble . La relation d’ordre produit sur est la relation définie par si .
En particulier, pour tout ensemble ordonné et tout ensemble , on a la relation produit sur l’ensemble des fonctions de dans vu comme : pour toutes fonctions et , on a si .
1.3. Adjonctions
Nous pouvons maintenant écrire la définition centrale de ce chapitre.
Une adjonction —ou connexion de Galois— entre ensembles ordonnées et est une paire d’applications telles que
On note alors , on dit que est adjoint à gauche de et que est adjoint à droite de .Dans un espace topologique, en utilisant la définition
montrer qu’on a bien une adjonction où est l’inclusion des fermés de dans les parties de .
On commence par noter que la définition donnée pour fournit bien un fermé car une intersection de fermés est fermée. Soit une partie de et un fermé de . On doit montrer que où est simplement la partie , en oubliant qu’elle est fermée. Supposons d’abord que . Comme est inclus dans tous les dont on prend l’intersection, et donc . Ici on pourrait s’inquiéter du fait que la collection dont on prend l’intersection pourrait être vide. D’une part elle ne l’est pas car en fait partie et d’autre part cela n’a aucune importance car l’intersection d’une famille vide de parties de est tout entier. En effet, pour tout , par définition, qui définit sans ambigüité (la définition 1.4.6 et la remarque 1.4.10 donneront une explication plus conceptuelle). Le point cruciale est qu’il ne s’agit pas d’une intersection dans l’univers de tous les ensembles mais bien d’une intersection de parties de .
Réciproquement, supposons . Ainsi fait partie de la collection de fermés intersectés dans la définition de donc .
Remarque : ces vérifications un peu fastidieuses seront complètement systématisées dans le corollaire 1.4.18.
À partir des exemples précédents, nous pouvons engendrer de nouveaux exemples à l’aide des deux observations suivantes.
Commençons maintenant notre étude des propriétés des adjonctions.
Si une adjonction entre et alors et sont croissantes.
De plus et . Le première relation est appelée l’unité de l’adjonction tandis que la seconde est appelée co-unité.
Réciproquement, si deux applications et soit croissantes et vérifient et alors .
Démonstration : Soit . Comme , on a . On montre de même que . Montrons maintenant la croissance de . Soit et dans tels que . Comme , on obtient et donc par adjonction. La croissance de découle de ce résultat pour vu comme adjonction entre et (on peut aussi donner une démonstration directe tout à fait analogue).
Montrons maintenant la réciproque. On suppose et croissante, et . Soit et . Supposons . Comme est croissante, on en déduit puis, comme , . Réciproquement, supposons . Comme est croissante, on en déduit puis, comme , .
Montrer directement que tout adjoint à droite est croissant, sans se ramener au cas des adjoints à gauche.
On notera que les inégalités d’unité et de co-unité précisent l’idée selon laquelle une adjonction est une version affaiblie d’un isomorphisme d’ensemble ordonnés (cf. exemple 1.3.2). Parfois, comme dans les exemples exemple 1.3.12 et exemple 1.3.13 ci-dessous, une des deux inégalités est une égalité.
Il faut parfois plisser un peu les yeux pour reconnaître ces deux inégalités, particulièrement lorsqu’une des deux moitiés de l’adjonction est notée par un symbole invisible, par exemple parce qu’il s’agit d’une inclusion.
Démonstration : Supposons que et sont adjoints à droite d’une application entre deux ensembles ordonnés et . Soit dans . Comme est une adjonction, le lemme 1.3.10 assure que . Comme est une adjonction, on en déduit . En échangeant les rôles de et on montre de même que et donc .
L’unicité de l’adjoint à gauche en découle en passant aux relations opposées.
Montrer directement qu’une application entre ensembles ordonnés admet au plus un adjoint à gauche, sans se ramener au cas des adjoints à droite.
Nous pouvons maintenant donner l’énoncé qui permet de démontrer le résultat du prologue.
Soit , , et des ensembles ordonnés. On suppose qu’on a le diagramme suivant où toutes les paires de flèches opposées sont des adjonctions (avec à gauche et à droite).
Les adjoints à droite commutent si et seulement si les adjoints à gauche commutent :
Soit un morphisme entre des groupes et . On a vu dans l’exemple 1.3.3 et la remarque 1.3.8 que les images directe et réciproque par forment des adjonctions entre les parties de et et entre les sous-groupes de et . Par ailleurs l’exemple 1.3.4 assure que la construction de sous-groupe engendré et l’inclusion des parties forment des adjonctions entre les parties et les sous-groupes, à la fois dans et dans .
De plus on sait que, pour tout sous-groupe dans , . Le corollaire précédent donne donc, pour toute partie de , .
La même démonstration montre que le sous-espace vectoriel engendré par l’image d’une partie par une application linéaire est l’image du sous-espace engendré par cette partie. Cela fonctionne avec les sous-anneaux, les sous-algèbres etc. Il faut bien sûr se méfier des cas où l’opération d’image directe pose problème. Par exemple, l’image d’un sous-groupe distingué par un morphisme de groupes n’est pas distingué en général.
On note l’inclusion. Montrer que l’application partie entière est, par définition, adjointe à droite de .
Soit un entier et un réel positif. On a bien puisque est le plus grand entier inférieur à .Dans toute la suite de cet exercice, on fixe un entier . Montrer que , la multiplication par , est adjointe à gauche de , le quotient dans la division euclidienne par . Quel est l’énoncé analogue pour ?
Soit et des entiers. On a où la division est à valeur dans a priori. Or est le plus grand entier inférieur à donc cette condition équivaut à comme annoncé. Pour la multiplication des réels par on a l’adjonction avec par l’exemple 1.3.2 puisque ces deux fonctions croissantes sont inverses l’une de l’autre.Montrer que, pour tout , .
Il s’agit d’une conséquence directe des questions précédentes et du corollaire 1.3.15 puisque .
1.4. Treillis complets et théorème de l’application adjointe
Notre objectif suivant est de caractériser les applications entre ensembles ordonnés qui admettent un adjoint. Pour cela, le bon cadre est celui des treillis complets. Avant de définir ce terme, rappelons du vocabulaire de base concernant les parties d’un ensemble ordonné (en gardant bien en tête qu’on ne suppose pas la relation d’ordre totale).
Soit un ensemble ordonné, une partie de et un élément de .
On dit que est un minorant de si .
On dit que est un infimum (ou borne inférieure) de si
En particulier est alors un minorant de .
On dit que est un majorant de si .
On dit que de est un supremum (ou borne supérieure) de si
En particulier est alors un majorant de .
Démonstration : Soit une partie d’un ensemble ordonné . Supposons que et sont des inf de et montrons que . Vu que et jouent des rôles symétriques et que la relation d’ordre est antisymétrique, il suffit de montrer que .
Comme est un inf de , c’est en particulier un minorant de , donc puisque est un inf de .
La démonstration de l’unicité du sup est complètement analogue (on peut aussi appliquer le résultat sur l’inf à la relation d’ordre opposée).
Afin de faire le lien avec la notion étudiée en analyse élémentaire, on commence par l’exemple très peu représentatif des ensembles de nombres
Montrer que si la relation d’ordre sur est totale alors, pour toute partie , un élément de est borne inférieure de si et seulement s’il minore et, .
Voyons maintenant un exemple plus intéressant, car faisant une intervenir une relation d’ordre qui n’est pas totale.
Un treillis complet est un ensemble ordonné pour lequel toute partie admet un infimum et un supremum. Vu le lemme 1.4.3, on a donc des fonctions
qui envoient toute partie sur son unique infimum et son unique supremum respectivement.L’exemple majeur qui sera le modèle de tous les autres est le suivant.
Soit un ensemble. L’ensemble des parties de muni de l’inclusion est un treillis complet. Pour tout ,
Démonstration : Montrons que la fonction est décroissante. Soit et des parties de telles que est incluse dans . Montrons que . Par définition de , il suffit de montrer que est un minorant de . Or, on sait que c’est un minorant de et est incluse dans .
Là encore un raisonnement tout à fait analogue montre que est croissante. Notons qu’on peut déduire cela du résultat du paragraphe précédant appliqué à l’ordre opposé. Comme la relation d’ordre sur les parties ne change pas, la conclusion devient la croissance et non la décroissance.
La notion de treillis complet est en fait un renforcement de la notion de treillis qui ne demande l’existence d’inf et sup que pour les parties à deux éléments. Nous n’aurons pas besoin de cette notion plus faible, mais nous utiliserons une notation qui provient de ce contexte.
Pour et dans un treillis complet (ou plus généralement un treillis), on note
Pour toute fonction à valeurs dans un treillis complet et toute partie , on notera
Les notations ci-dessus sont parfois utilisées en arithmétique dans le cas muni de la relation de divisibilité. On a alors et .
Soit un treillis complet (ou plus généralement un treillis).
Montrer que les opérations d’inf et de sup binaires sont associatives et commutatives : pour tous , et ,
Démontrons les formules pour les infs, le cas des sup s’en déduit par passage à la relation d’ordre opposée (ou s’établit directement par des arguments complètement analogues). La commutativité est claire : et sont tous deux par définition. Pour l’associativité, l’idée est que les deux expressions calculent , mais il y a un petit quelque chose à démontrer, en utilisant essentiellement l’associativité de la conjonction en logique. Soit un élément de . On a
Ainsi, on a bien , et un raisonnement analogue montre que .Montrer que, pour tous , et ,
Lorsqu’il y a toujours égalité, on dit que le treillis est distributif.
Soit , et dans . Montrons que . Par définition de l’inf, il suffit de montrer que le membre de gauche minore . Pour cela, par définition du sup, il suffit de montrer que et majorent , ce qui est clair, car minore , minore et majore .
Remarque : l’inégalité dans l’autre direction n’est pas toujours vraie. Par exemple les sous-espaces vectoriels d’un espace vectoriel fixé forment un treillis où l’inf est donné par l’intersection et le sup est le sous-espace vectoriel engendré par la réunion (on peut le vérifier directement et cela découle de résultats généraux suite du chapitre). Dans , on peut considérer pour , et les droites engendrées par , et respectivement. On a , et .
Montrer que tout produit de treillis complets est un treillis complet (pour la relation d’ordre produit de la définition 1.2.4).
Soit une famille de treillis complets indexée par un ensemble . D’après le théorème 1.4.11, il suffit de montrer que toute partie du produit admet une borne inférieure (on pourrait aussi faire directement la démonstration analogue pour la borne supérieure). Soit une partie de . Pour tout , on définit (il s’agit d’un inf dans ). On note l’élément du produit dont les composantes sont les . Montrons que est borne inférieure de . Soit . On a
Soit et des ensembles et un treillis complet. Soit une fonction. Montrer que, pour toutes parties de et de , on a
On peut donc utiliser la notation pour cette valeur commune.
Montrons que , l’autre égalité étant complètement analogue (et pouvant s’en déduire). On utilise bien sûr la définition de borne inférieure. Soit . On a
Nous avons vu que les notions de sup et d’inf sont déjà intéressantes pour des parties à deux éléments. En fait même le cas de la partie vide est intéressante, comme l’explique la remarque suivante.
L’énoncé suivant est très important, car, dans de nombreux exemples d’ensembles ordonnés, les bornes inférieures sont bien plus faciles à construire que les bornes supérieures ou le contraire.
Pour vérifier qu’un ensemble ordonné est un treillis complet, il suffit de montrer qu’il admet une des deux fonctions ou . De plus on a, pour toute partie de ,
Démonstration : Supposons que admet une fonction . Pour toute partie de , on pose . Vérifions pour la propriété universelle requise d’une fonction . Soit un élément de . Supposons que est un majorant de . Alors , car l’inf d’un ensemble en est un minorant. Réciproquement si . Montrons que est un majorant de . Soit dans . Par définition, tous les majorants de sont supérieurs à donc est un minorant de l’ensemble des majorants de . On en déduit puis par transitivité.
De plus le lemme 1.4.3 assure l’unicité du sup donc ce lien entre et est toujours valable.
En passant aux relations d’ordres opposées, on en déduit que l’existence de garantie celle de .
Expliciter les bornes supérieures fournies par le théorème 1.4.11 dans l’exemple des sous-groupes d’un groupe fixé.
La situation de cet exemple est très courante et il est utile d’en extraire un corollaire du théorème. Pour énoncer ce corollaire, on a besoin d’une définition qui jouera un rôle central dans la suite.
Soit un treillis complet et une partie de . On munit de la relation d’ordre induite. On suppose que, pour tout , (où l’inf est pris dans ). Alors est également borne inférieure de dans et est un treillis complet. Ainsi l’inclusion de dans commute aux infs. Mais, en général, elle ne commute pas aux sups.
L’énoncé analogue dans le cas où pour tout , est vrai aussi.
Expliciter les sups dans le treillis des fermés d’un espace topologique et les infs dans celui des ouverts :
Soit un espace topologique. Comme les parties de forment un treillis complet et qu’une intersection de fermés est fermée, les fermés de forment un treillis complet et l’inclusion de ce treillis dans préserve les infs. De plus la borne supérieure d’un ensemble de fermés est l’intersection de tous les fermés contenant tous les éléments de , c’est-à-dire l’adhérence de la réunion des éléments de .
De même l’ensemble est un treillis complet car toute réunion d’ouverts est un ouvert. La borne inférieure d’un ensemble d’ouverts est la réunion de tous les ouverts contenus dans tous les éléments de , c’est-à-dire l’intérieur de l’intersection des éléments de .
Le thème de la commutation aux infs et aux sups sera le thème majeur de toute la fin de cette section. Voyons d’abord ce qui est vrai pour toute fonction croissante.
Soit et des treillis complets, une partie de et une fonction croissante. Montrer directement, sans se ramener au cas de l’inf, que .
Nous arrivons au deuxième énoncé central de cette section qui caractérise les applications ayant des adjoints. Cette caractérisation est utile dans les deux directions, pour obtenir des propriétés des adjoints et pour les construire.
Une application entre des treillis complets et admet un adjoint à droite si et seulement si elle commute aux . Cet adjoint est alors .
De même, une application entre treillis complets et admet un adjoint à gauche si et seulement si elle commute aux . Cet adjoint est alors .
Démonstration : Il suffit de montrer la première partie puisque la seconde s’en déduit en passant aux relations d’ordre opposées. Supposons d’abord que admet un adjoint à droite . Soit une partie de . Montrons que vérifie la propriété universelle qui caractérise . Soit dans . On calcule en utilisant la propriété d’adjonction dans la troisième et la cinquième équivalence et la propriété de dans la quatrième :
Réciproquement supposons que vérifie cette propriété. On commence par remarquer que est croissante. En effet, supposons que et dans vérifient . On a donc et donc .
Soit qui envoie sur . Montrons que est une adjonction. Soit et . Supposons d’abord que . On a alors donc . Réciproquement supposons . Comme est croissante, on obtient . Vu l’hypothèse sur on en déduit que . Or majore donc et on conclut par transitivité.
Soit une application entre deux ensembles et . L’application d’image réciproque commute aux intersections donc elle admet un adjoint à gauche : . Bien sûr, on connait déjà cet adjoint à gauche, c’est l’application d’image directe par (rappelons que l’adjoint à gauche est unique d’après le lemme 1.3.14). On en déduit que l’image directe commute aux réunions.
Comme l’image directe ne commute pas aux intersections (penser à une application constante et à constitué de deux parties non vides disjointes par exemple), elle n’a pas d’adjoint à droite.
Par contre, commute également aux réunions donc elle admet également un adjoint à droite. Cet adjoint à droite est nettement moins courant que l’image directe et n’a pas de nom universellement utilisé. On le notera .
Soit une fonction. Calculer de deux façons différentes : en utilisant la formule fournie par le théorème 1.4.16 pour l’adjoint ou en utilisant l’involution de passage au complémentaire qui commute aux images réciproques et renverse les inclusions.
On peut « calculer » cette opération en utilisant la formule fournie par le théorème pour l’adjoint. Soit .
Ainsi les éléments de sont les éléments de qui soit n’appartiennent pas à l’image de soit sont uniquement des images d’éléments de .
On peut également trouver une formule pour en utilisant l’involution de passage au complémentaire qui commute aux images réciproques et l’adjonction . En effet, pour tout et
Ainsi .
Soit un groupe. Nous avons vu que l’application sous-groupe engendré admet comme adjoint à droite l’inclusion de dans . Admet-elle un adjoint à gauche ?
Comme corollaire du théorème 1.4.16, on retrouve une version du corollaire 1.4.14 :
Soit un plongement d’ensembles ordonnés (par exemple une inclusion). On suppose que est un treillis complet et que, pour chaque , il existe tel que . Alors est un treillis complet, commute aux infs et admet un adjoint à gauche . Dans ce cas, on a et, pour tout , .
De même si, pour chaque , il existe tel que . Alors est un treillis complet, commute aux sups et admet un adjoint à droite qui vérifie et, pour tout , .
Le corollaire précédent montre l’existence du sous-groupe engendré par une partie d’un groupe, comme adjoint de l’inclusion des sous-groupes dans les parties. Il s’applique également à tous les autres exemples algébriques analogues (sous-espace vectoriel engendré par une partie, sous-anneau, sous-groupe distingué…), ainsi qu’à l’existence de l’adhérence et de l’intérieur en topologie.
On peut ensuite appliquer à ces exemples les propriétés générales des adjoints. Par exemple, les adjoints à gauche commutent aux sups donc le sous-espace vectoriel engendré par une réunion de parties est la somme des sous-espaces engendrés par ces parties. En effet, la somme de sous-espaces est l’opération de sup dans le treillis des sous-espaces vectoriels d’un espace vectoriel.
Le corollaire montre également l’existence des opérations d’adhérence et d’intérieur en topologie, comme adjoints de l’inclusion des fermés ou des ouverts dans les parties.
Comme promis dans l’exemple 1.3.11, la notion d’adjonction éclaire donc le foisonnement des relations entre image directe, image réciproque, intersection et réunion. Plus généralement, l’exercice suivant montre comment les résultats de ce chapitre apportent un peu d’ordre dans une multitude de résultats élémentaires disparates.
Pour chacune des affirmations suivantes, dire s’il s’agit d’une relation d’adjonction ou bien d’un exemple d’un résultat de ce chapitre (en précisant lequel).
pour une fonction, et des parties de , et des parties de ,
- Fonction croissante et infs (lemme 1.4.15)
- Un adjoint à gauche commute aux sups.
- Adjonction entre image directe et image réciproque.
- Un adjoint à gauche commute aux sups.
- Un adjoint à droite commute aux infs.
- Unité de l’adjonction image directe image réciproque.
- Co-unité de l’adjonction image directe image réciproque.
- L’inf est commutatif.
pour un espace topologique et , , et des parties de avec fermée et ouverte,
- Unité de l’adjonction entre adhérence et inclusion des fermés.
- Un adjoint à gauche commute aux sups.
- Fonction croissante et sups (lemme 1.4.15)
- Fonction croissante et infs (lemme 1.4.15)
- Un adjoint à droite commute aux infs
- Co-unité de l’adjonction entre inclusion des ouverts et intérieur
pour un espace vectoriel, et des parties de
- Fonction croissante et infs (lemme 1.4.15)
- Un adjoint à gauche commute aux sups, et construction du sup par le corollaire 1.4.18
On termine ce chapitre par quelques exercices supplémentaires qui seront utilisés dans la suite.
Soit et des ensembles. Soit un treillis complet. Soit et des fonctions. Montrer que
Il s’agit de montrer que les ensembles et ont le même inf dans . Il suffit de montrer qu’ils ont les mêmes minorants. Soit .
Soit une fonction croissante d’un ensemble ordonné dans un treillis complet. Montrer que, pour tout , .
Il s’agit de montrer que est un inf de . Comme , on obtient donc il suffit de montrer que minore . Soit . Montrons que . Par définition de , on obtient tel que et . Comme est croissante, on obtient .
On remarquera qu’un cas particulier de ce résultat est .
Soit un ensemble ordonné et des fonctions. Montrer que . En particulier si est une fonction constante de valeur on obtient .
Il suffit de montrer que les ensembles et ont les mêmes minorants. Soit dans . On a